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01 settembre je prends le busJe prends le bus. Bus de nuit. C’est dingue comme ce bus possède une mine d’or pour représenter de la société. Pour une fois je ne monte pas à la gare mais j’ai réussi à avoir une place, dans le sens de la marche, contre la fenêtre. Sur une vingtaine de personnes, à peu près 5 sont blanches… Représentation de la société. Tiens, pour une fois je ne vois que 2 voiles, bizarre… Ha mais oui c’est vrai, à cette heure là les voiles sont déjà rentrés dans leur foyer. Je m’assois, mes canaux sensoriels sont ouverts, hyper ouverts. Et voilà ! C’est ça qui est fondamentalement chiant ! Ils s’ouvrent, se ferment tout le temps, partout, quand ils veulent et sans prévenir. Je capte des choses que je n’ai pas forcément envie de recevoir. Je ne capte pas forcément des choses que j’aimerais/devrais recevoir. Je ne les contrôle pas très bien… Pas longtemps que je travaille dessus, que j’essaie de développer ce « don ». Il y a le jeune couple qui s’engueule, ho doucement biensûr, mais le langage du corps est là, il parle, elle a le regard noir, il a tous les membres de son corps crispés lorsqu’il pose ses yeux sur elle. Toutes ces ondes négatives… Il ya beaucoup d’individus seuls, rentrant chez eux. Il ya les 2 copines black de 16 ans qui essayent de draguer un mec derrière moi, super pas discrètement. Et il y a moi, observant le monde qui m’entoure, je me sens étrangère. Un arrêt. Je la vois arrivé, titubante. Pourquoi mes canaux sont ouverts? Cheveux longs bruns, sales et gras, habillée presque en haillons. Elle a ce visage des gens qui ont mal, mal à la vie. Ces dents sont défoncées par l’alcool ? La drogue ? La pauvreté ? La malbouffe ? La vie ? Un papy se lève pour descendre, et une autre personne prend sa place. Elle bouscule. « On peut pas passer ou quoi ?! » Je la vois arrivé, vers moi. Pourquoi mes canaux sont ouverts, mais pourquoi ? Elle s’assoit à côté de moi. Elle mange. Elle boit. Tous ses gestes sont incontrôlés, secs, crispés comme si tout son corps n’étaient que mal-être, elle n’en veut pas, de ce corps. Et je ne peux m’empêcher de sentir une boule de stress, de faiblesse, de tristesse, de détresse envahir l’espace autour d’elle. Mon espace, donc. Je tourne la tête, je sens qu’elle veut parler, je regarde dehors. Je laisse mon esprit divaguer. Il part en voyage. Alors, elle parle toute seule. Il y’en a toujours qui font ça dans le bus de nuit. En général je les attire… Surement encore une histoire avec mes canaux sensoriels de communication. Les gens doivent sentir que je peux recevoir leur boule. Mais là je n’ai pas envie. Je veux juste laisser mon esprit s’évader et observer les gens, le monde. Je suis au Guatemala…. Son téléphone sonne, « ho putain il me fait chier ce mec mais merdeee ! ». Elle a du mal à attraper son portable coincé dans sa poche de jean serré. « J’arrive je suis aux tonnelles là c’est bon hein ! ». Mensonge, et cette voix à moitié en pleurs. Battue surement… Comment je le sais ? Ca se sent. Je sens ces choses là. Pendant que moi j’aimerais que le mien vibre, elle, elle voudrait qu’il la lâche tout simplement. Ironie de la vie. Elle se gratte la jambe, se relève. Elle cherche quelque chose dans son sac. S’arrête. Chaque geste saccadé est accompagné d’une onomatopée. « ha ! » « putain ! » « tsss » « pffff » « mais »….. Tout n’est qu’agression chez cet être. Elle se tourne vers moi. Je ne la regarde pas, non, je ne suis pas au travail, je ne veux pas. Je garde ma tête de l’autre côté. J’ai bien compris qu’elle voulait déverser. Je sens tant de violence, tant de haine, tant de colère. Je ne veux pas, pas ce soir, non. Elle me submerge d’émotion. Mon arrêt arrive bientôt. Ouf ! Elle se tourne de l’autre côté, et trouve une oreille. Je le sentais arriver. « Je viens de travailler 16 heures, et lui…lui… Il veut encore que j’arrive vite ! (…) » Elle gerbe ce qu’elle a gerbé…. J’entends ce que je ne voulais pas écouter. Peu d’articulation possible dans ses mots, mais on comprend. Je comprends qu’elle ne veut pas rentrer. Qu’elle ne veut pas le voir. Qu’elle en a marre de travailler pour nourrir quelqu’un d’autre qu’elle. Qu’elle veut pleurer. Qu’elle veut boire pour oublier sa vie de merde, pour ne pas penser, pour s’anesthésier. Elle s’endort, ou presque. Sa tête tombe, se relève, des paroles inaudibles sortent de sa bouche. Même dans son pseudo sommeil je sens qu’elle est mal dans sa peau. Mon arrêt. Je me lève. Je fais attention de ne pas la bousculer, elle bouge un pied. Je descends. Mais qu’est ce que je fous ici ? Ce monde n’est pas le mien. Je ne me sens pas appartenir à cette société qui rend les gens tristes et fous.
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